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29 juillet 2007

Dopage : pourvu que résonne le tiroir-caisse !

Qui peut encore croire aujourd’hui qu’un seul vainqueur du Tour de France depuis la fin des années cinquante n’ait eu jamais recours au dopage ? Jacques Anquetil fut sûrement le premier à ouvrir la voie à une préparation « scientifique » pour se bâtir un palmarès de légende. Il est vrai qu’à l’époque on était moins regardant sur l’armoire à pharmacie des champions. Pas vu, pas pris ! Aucun test sanguin n’existait encore. Les méthodes restaient archaïques à l’image des produits utilisés. L’oracle du Tour lisait encore dans les urines. Le contrôle ne contrôlait rien. A plus forte raison quand un petit malin servait celles d’un autre via une petite poire dissimulée dans son cuissard. Le décès du champion britannique Tom Simpson, « chargé comme une mule », sur les pentes du Mont Ventoux ne souleva guère l’indignation. On éleva une stèle à sa mémoire et on s’empressa d’oublier que la cause de sa mort était le dopage. Bientôt le belge Eddy Merckx allait écraser le Tour de sa classe et de sa science de la pharmacopée. Le « cannibale » avait faim de victoire du début à la fin de la saison. Mais nous étions encore dans la préhistoire d’un coup de pédale « pas toujours très naturel ». Les années quatre-vingt, puis surtout les années quatre-vingt dix avec l’EPO ouvraient aux tricheurs des perspectives sans fin. Gavé de globules rouges, le champion dopé se reconnaissait au fait qu’il était obligé de se relever la nuit pour éviter l’embolie. Le procédé fut un temps indétectable jusqu’au moment où un médecin-biologiste eut l’idée d’aller voir du côté du taux d’hématocrite. Une personne normalement constituée voit ce dernier osciller entre 35 et 40 % et non entre 50 et 60% comme cela était le cas de ceux qui furent pris la seringue dans le bras. Il fallut néanmoins attendre l’affaire Festina en 1998 et un Richard Virenque dopé « à l’insu de son plein gré » pour voir les organisateurs du Tour de France et les pouvoirs publics réellement se préoccuper d’une situation dramatique. Les dirigeants et l’encadrement médical de l’équipe avait organisé le dopage de ses coureurs pour, de leurs aveux mêmes, qu’ils ne fassent pas de « bêtises irréversibles ». La mise en place du suivi longitudinal des sportifs et la multiplication des contrôles inopinés jusque sur les lieux d’entraînement furent les premières réponses. Une charte du sportif suivit. Il semble bien aujourd’hui que ces mesures n’étaient pas à la hauteur du mal. Si une part du peloton est assainie, de trop nombreux champions ont toujours recours pour améliorer leurs performances à des méthodes réprouvées. Les docteurs Mabuse continuent tranquillement de sévir lors des préparations physiques. Ils arrivent même que l’on revienne aux bonnes vieilles techniques de grand-mère oubliées qui se pratiquaient dans les années soixante-dix et quatre-vingt comme la transfusion sanguine homologue ou l’absorption d’anabolisants. Vinokourov et Moreni en savent quelque chose ! Les autres champions d’aujourd’hui ou d’hier, plus habiles, peuvent toujours s’émouvoir et aller à la télé en parlant de confiance trahie, de mauvais coup fait au cyclisme, ils ne font que renforcer le climat d’hypocrisie et participer à l’omerta qu’ils n’ont jamais voulue rompre. Nous n’avons pas encore entendu Laurent Jalabert, qui de sprinter est devenu grimpeur sans même faire étape à Lourdes. Son témoignage ne manquerait pas d’intérêt.

Au final, tout cela serait risible s’il ne s’agissait pas d’un véritable problème de santé public qui ne touche pas seulement le cyclisme professionnel. Un grand nombre de sports sont tout autant concernés par la pratique du dopage. Que dire de l’athlétisme où presque tous les recordmen du monde masculins ou féminins du 100m, pour ne prendre que cette épreuve, ont été testés positifs ces dernières années ? La natation n’est pas non plus à l’abri de cas troublants, tout comme d’ailleurs le football, où pourtant très peu de contrôles sont pratiqués. L’affaire de la Juventus de Turin, au moment où Zidane en était un des joueurs les plus en vu, n’est pas là pour nous rassurer. Pourquoi aucun examen sanguin n’a été pratiqué sur les footballeurs lors de la dernière coupe du monde ? Qui pourrait, à la veille de la coupe du monde de rugby, raisonnablement nous expliquer que le dopage n’existe pas dans ce sport ?

Pour comprendre une telle dérive, il faut s’interroger sur l’image que véhicule le sport, son évolution et celui de nos sociétés. Sa professionnalisation, l’introduction de sommes d’argent impressionnantes, les retombées médiatiques qu’attendent les sponsors font que le sport est devenu un spectacle régi par les lois du marché. Les valeurs disparaissent au profit de la valeur. Il ne s’agit même plus aujourd’hui de vanter les mérites d’un régime politique comme savaient le faire la RDA ou l’URSS, voire les Etats-Unis, dans le contexte de la guerre froide. Tout cela est dépassé et réduit à l’histoire. Il faut bien rémunérer les actionnaires qui se moquent de la santé des sportifs. Ils ne demandent qu’une chose : que ces derniers soient l’instrument par leurs exploits toujours plus improbables du rayonnement sur les grandes places financières mondiales de la société dans laquelle ils ont placé une part de leur argent. Pour revenir au Tour de France, nous pouvons nous demander, si le refus des organisateurs de mettre un terme à la mascarade de cette année n’est pas seulement dicté par la volonté de voir la caravane publicitaire du Tour poursuivre sa route jusqu’à Paris. Le spectacle continue, pourvu que résonne le tiroir-caisse !

09 juillet 2007

Dopage : le maillot jaune de l’hypocrisie !

Gérard Porte, médecin-chef du Tour de France, assure dans Le Journal du Dimanche n’avoir jamais rien su de l’ampleur du dopage. Cela peut étonner de la part d’un homme qui en est à son 36e Tour et qui a donc vu passer plusieurs générations de coureurs, de soigneurs, de directeurs sportifs. Si l’affaire Festina révélait en 1998 comment une équipe avait décidé d’organiser le dopage de ses coureurs, cette pratique ne remontait pas aux années 1990. S’il faut en croire les déclarations des champions du passé, peu de coureurs depuis que le Tour existe ont roulé à l’eau claire. Jacques Anquetil expliquait déjà dans les années soixante que « son coup de pédale n’était pas toujours naturel parce que le défi était insurmontable ». Il faut bien piocher dans l’armoire à pharmacie ou employer la bonne vieille technique de la transfusion sanguine pour satisfaire un public et des organisateurs qui veulent des exploits hors norme. Dans ces conditions, la lutte contre le dopage n’a que très peu de chance d’aboutir. Aussi des voix s’élèvent-elles pour nous expliquer que ce qui ne peut être interdit doit être autorisé. A défaut d’en finir avec le problème de santé publique au moins serions-nous en paix avec l’éthique. La légalisation du dopage pour tous, encadré médicalement pour diminuer sa nocivité, aurait au moins l’avantage de ne plus entrer en contradiction avec les intérêts économiques du sport. On montre toujours le cyclisme comme l’activité sportive où le problème se pose avec le plus d’acuité. N’est-ce pas là une manière de fermer les yeux sur d’autres sports qui ne sont en rien épargnés par le dopage à l’exemple de  l’athlétisme, de la natation, du rugby ou du football ? L’équipe de France de football, championne du monde en 1998, à l’instar des équipes de club, a consommé au dire de certains joueurs des quantités industrielles de créatine. Produit qui a des particularités proches de celles des anabolisants et qui surtout est un excellent agent masquant. Là encore les médecins ne se sont rendus compte de rien. Pourtant les joueurs connaissaient une transformation musculaire impressionnante. Un staff médical aussi peu attentif ne mérite pas de voir renouveler son contrat. Enfin, le nombre de champions, toutes disciplines confondues, morts prématurément devrait inquiéter le moins averti des observateurs sportifs. Eh, bien non ! Gérard Porte et d’autres peuvent tranquillement nous expliquer qu’ils n’étaient au courant de rien. La compétition pour le maillot jaune de l’hypocrisie n’est pas prête de cesser !

14 mars 2006

Du nouveau sur la grippe aviaire

Dsc00385_1 Un rapport de GRAIN établit que l'industrie avicole
mondiale est à l'origine de la crise de la grippe
aviaire

"Les petits élevages avicoles et les oiseaux sauvages
sont injustement rendus responsables de la grippe
aviaire qui affecte actuellement plusieurs parties du
monde. Un nouveau rapport de GRAIN montre comment
l'industrie avicole multinationale est à l'origine du
problème et devrait être au centre des actions menées
pour maîtriser le virus.
L'expansion de la production avicole industrielle et
des réseaux commerciaux ont créé les conditions
idéales à l'apparition et à la transmission de virus
mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une
fois qu'ils ont pénétré dans les élevages industriels
surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir
mortels et se développer. L'air vicié par la charge
virale est transporté sur des kilomètres à partir des
fermes infectées, pendant que les réseaux d'échanges
commerciaux intégrés répandent la maladie par les
nombreux transports d'oiseaux vivants, de poussins
d'un jour, de viande, de plumes, d'oeufs à couver,
d'oeufs, de fumier de volaille et d'alimentation
animale.
« Tout le monde se focalise sur les oiseaux
migrateurs et les poulets de basse-cour comme étant le
problème, » indique Devlin Kuyek de GRAIN. « Mais ils
ne sont pas les vecteurs effectifs de la forme
fortement pathogène de la grippe aviaire. Le virus les
tue, mais il est peu probable que ce soit eux qui le
propagent. »
Par exemple, en Malaisie, le taux de mortalité par
le H5N1 chez les poulets des villages est seulement de
5%, indiquant que le virus a du mal à se propager dans
les petits élevages de poulets. Les manifestations de
H5N1 au Laos, qui est entouré par des pays infectés,
se sont seulement produites dans quelques fermes
industrielles du pays, qui sont fournies par des
établissements d'incubation Thai. Les seuls cas de
grippe aviaire dans la volaille de basse-cour, qui
couvre plus de 90% de la production du Laos, se sont
produits à côté des fermes industrielles.
Les gouvernements des pays de l'Union Européenne ont
répondu à la découverte des cygnes, des oies et des
canards morts infectés avec des mesures sévères
obligeant à l'enfermement des volailles. Maintenant,
ils sont bien embêtés car la première et seule
manifestation significative de contamination de
volaille domestique s'est déclarée dans un gros
élevage industriel de dindes en France, où les 11 000
volatiles étaient confinés, totalement séparés des
oiseaux sauvages.
« Il apparaît de plus en plus évident, comme on l'a
vu aux Pays-Bas en 2003, au Japon en 2004, en Egypte
en 2006, que la grippe aviaire mortelle se déclare
dans les grosses fermes industrielles et qu'ensuite
elle se propage, » explique Kuyek.
Le cas de contamination nigérienne qui s'est déclaré
au début de l'année a commencé par une seule ferme
industrielle, appartenant à un membre du Conseil des
Ministres, éloignée des axes principaux de
déplacements des oiseaux migrateurs mais elle était
connue pour importer des oeufs à couver hors
réglementation. En Inde, les autorités locales
indiquent que le virus H5N1 est apparu et s'est
répandu à partir d'une ferme industrielle appartenant
à la plus grande compagnie avicole du pays, les
couvoirs Venkateshwara.
La question cruciale est de savoir pourquoi les
gouvernements et les agences internationales, comme
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
et l'agriculture (FAO), ne font rien pour enquêter sur
la manière dont les fermes industrielles et leurs
sous-produits, tels que l'alimentation animale et le
fumier, propagent le virus. Au lieu de cela, ils se
servent de la crise comme une occasion
d'industrialiser davantage le secteur avicole. Les
initiatives se multiplient pour interdire la volaille
en plein air, pour évincer les petits producteurs et
pour réapprovisionner les fermes avec des poulets
génétiquement modifiés. Le réseau de complicités avec
une industrie prise dans une série de dénis et de
dissimulations semble total.
« Les agriculteurs perdent leurs moyens d'existence,
les poulets locaux sont éliminés et quelques experts
déclarent que nous sommes à l'aube d'une épidémie
humaine qui pourrait tuer des millions de personnes, »
conclut Kuyek. « Quand les gouvernements
réaliseront-ils que pour protéger la volaille et les
personnes contre la grippe aviaire, ils doivent les
protéger contre l'industrie avicole mondiale ? »

GRAIN est une organisation non gouvernementale
internationale (ONG) dont le but est de promouvoir la
gestion et l'utilisation durables de la biodiversité
agricole fondées sur le contrôle exercé par les
populations sur les ressources génétiques et les
connaissances locales. Contact: Devlin Kuyek, GRAIN, à
Montréal, Tél: +1 514 2737314, Email: devlin (at)
grain.org Web:
http://www.grain.org

01 mars 2006

Grippe aviaire : une inquiétude irraisonnée ?

Après les poulets, les canards, les dindes et les cygnes, faudra-t-il aussi ne plus manger de chat ? Amateurs de félins, ne désespérez pas ! En chauffant votre met favori à 70°, vous ne risquez rien. Dsc00384

La grippe aviaire, qui a touché une centaine de personnes en Asie et quelques dizaines d'autres de par le monde, suscite les plus vives inquiétudes sous nos latitudes aseptisées. Et pourtant chaque année, la grippe - celle qui n'a rien d'aviaire - fait en moyenne en France 3000 morts dans l'indifférence la plus totale.

Il faut donc raison garder. Si certaines précautions sont nécessaires, rien ne sert de s'affoler. Cette maladie n'est pas nouvelle. Elle a été observé pour la première fois à la fin du XIXe siècle (1878) en Italie chez des poulets. La transmission du virus à l'homme fut constatée en 1997 dans un élevage de volailles de Hong-Kong : 18 personnes ont été infectées et six sont décédées.

En fait, la vraie crainte tiendrait à la mutation du virus H5N1 dans une forme humanisée à la fois hautement contagieuse et pathogène. Nous entrerions alors dans le cas de figure d'une pandémie grippale très meurtrière : assez proche probablement de celle de la grippe espagnole qui, en 1919, fit plus de victimes que la Première Guerre mondiale.

Mais nous n'en sommes pas là ! Il faut rappeler qu'à ce jour aucun cas de transmission de la maladie d'homme à homme n'a été observé dans le monde. Les 91 cas mortels recensés depuis 1997 l'ont été dans le contexte d'une forte promiscuité entre l'homme et l'animal.

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