Le projet de loi sur l’immigration fait honte à notre pays en jetant une fois encore l’opprobre sur une partie de la population : celle qui n’a pas eu la chance de naître chez nous. En quatre ans, il s’agit de la troisième loi sur ce thème. A chaque fois nous franchissons une étape supplémentaire dans le rejet de l’étranger que nous parons de tous les maux de notre société. La xénophobie, sous-tendue par ce texte, est insupportable, inutile et provocatrice, sauf à penser que notre pays n’est plus une terre d’accueil et a renoncé à ses idéaux humanistes.
L’immigration, loin d’être un fléau, est une chance pour la France. Sans elle, nous ne serions aujourd’hui qu’une puissance de seconde zone. Les Belges, les Italiens, les Polonais, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Togolais, les Congolais et bien d’autres peuples ont fait depuis le XIXe siècle et tout au long du XXe siècle le pays que nous connaissons aujourd’hui. Par vagues successives, n’ont-ils pas contribué au développement de notre puissance économique, diplomatique et culturelle ?
Certains sont morts sur les champs de bataille des deux guerres mondiales pour défendre une certaine idée de la France. Il n’a pas été nécessaire de pratiquer un test ADN pour vérifier s’ils pouvaient porter l’uniforme. Ceux qui furent fusillés ou déportés par l’occupant pour faits de résistance, ceux dont les noms figuraient sur « l’affiche rouge », tous ceux qui ont pris les armes ont sauvé l’honneur d’une nation en refusant à la fois la défaite et la collaboration. Personne aujourd’hui ne viendrait contester leur engagement pour la simple raison qu’ils n’étaient pas Français.
Nous avons toujours été un grand pays d’immigration. Le droit du sol, qui n’est pas une invention républicaine, puisqu’il était déjà appliqué par nos rois, a permis une intégration réussie de la génération suivante. Ces enfants, nés en France, sont devenus automatiquement Français. Les difficultés que rencontrent notre pays, comme l’écrivaient Catherine Tasca et Pierre Moscovici dans une tribune publiée par Libération, sont dues à des problèmes structurels : manque de compétitivité de nos entreprises, investissement public insuffisant en matière de recherche et d’innovation, déficit chronique de logements, difficultés de l’appareil éducatif…
En faisant en sorte que les conditions requises pour le regroupement familial deviennent impossibles à remplir, cette loi ne peut que favoriser plus encore l’immigration clandestine qu’elle prétend éradiquer. Pis, en fermant ainsi ses portes, la France se condamne au déclin. Si certains n’en sont pas convaincus, il suffit d’observer une pyramide des âges pour comprendre qu’il va être urgent d’ouvrir nos frontières pour compenser le vieillissement de notre population et occuper les emplois vacants. Que se passera-t-il, par exemple, si les étudiants étrangers obtiennent plus facilement des visas pour aller étudier au Canada, en Inde ou en Chine ?
A trop vouloir chasser sur les terres de l’extrême droite, ce gouvernement prend le risque de conforter dans l’opinion l’obsession que l’immigration serait un fléau pour la France, alors qu’elle a toujours été une chance.
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