Réforme des territoires : un référendum à l’automne ?
Après la soirée au Fouquet’s, le yacht de l’ami Bolloré, les vacances américaines et la Rolex bien en évidence, voici venu le temps des héros et du recueillement dans le cimetière américain de Colleville, près d’Omaha-Beach. Qui pourrait aujourd’hui reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir changé ? Deux années de présidence et une crise mondiale sont passées par là. Cela peut faire réfléchir, même les plus allergiques à ce type d’exercice. Que le refus du totalitarisme nazi qui conduisit au sacrifice des centaines de milliers d’hommes, jusqu’à ces jeunes américains, qui moururent en Normandie pour la liberté, notre liberté, puisse être régulièrement rappelé par un Président français, quoi de plus naturel. Fallait-il pour autant oublier que ce 6 juin 1944, sans les troupes britanniques et canadiennes, le débarquement aurait été un échec sanglant et la fin de la guerre retardée de plusieurs années ? Malheureusement, il ne s’agit pas d’un oubli, ni d’une maladresse diplomatique, mais bien d’une volonté du Président de la République d’apparaître seul sur la photographie aux côtés du Président des Etats-Unis ! L’hommage aux soldats américains tombés sur le sol de Normandie n’est qu’une vulgaire opération de communication politique. L’instrumentalisation de la mémoire du sacrifice de ces hommes n’est pas seulement intolérable, elle est abjecte ! Non, décidément, Nicolas Sarkozy n’a pas changé.
Ces dernières semaines, les prisons ont défié la chronique. Suicides de détenus et évasions spectaculaires ont fait la une de la presse. La surpopulation carcérale a de nouveau été pointée comme la principale responsable de ces événements dramatiques. Avec plus de 63 000 prisonniers pour 51 000 places, la France est en effet un des pays d’Europe où les conditions de détention sont les plus mauvaises. Dans certaines maisons d’arrêts, on enferme dans une cellule de moins de 9 m2 jusqu’à 3 détenus. Les conditions d’hygiène et d’intimité sont telles que l’on peut parler sans exagérer d’atteinte à la dignité humaine. La peine est la privation de liberté, elle ne doit pas se doubler de mesures humiliantes comme c’est malheureusement trop souvent le cas. Depuis les années soixante-dix et les travaux du philosophe Michel Foucault, le sujet de l’inhumanité des prisons françaises suscite des rapports parlementaires, des campagnes de presse, des livres de témoignage, puis retombe périodiquement dans l’oubli. On construit bien quelques places supplémentaires : 3400 environ de 2002 à 2008. Jacques Chirac avait même nommé un secrétaire d’Etat en charge de l’immobilier carcéral en 2002, qui depuis… a été condamné par la justice. La solution n’est évidemment pas dans cette fuite en avant immobilière, mais bien dans notre politique judiciaire et pénitentiaire confrontée à une réflexion sur le sens de la peine. A quoi voulons-nous que servent les sanctions infligées ? Mettre en marge de la société ? Apprendre les normes du vivre ensemble ? Offrir une réparation au tort produit ? Responsabiliser face au méfait commis ? Faciliter la réinsertion sociale ? Tant que notre réponse à la délinquance se limitera à incarcérer massivement, et ce mouvement s’est renforcé depuis l’arrivée à la tête de l’Etat de Nicolas Sarkozy, la situation dans les prisons françaises continuera de se détériorer. Des peines de substitution à la prison existent : le contrôle judiciaire, le sursis avec mise à l’épreuve, le travail d’intérêt général (TIG), la liberté conditionnelle… Il faut mieux les utiliser, voire les développer. Et cela d’autant plus qu’elles obtiennent de meilleurs résultats que la prison en terme de lutte contre la récidive et représentent un moindre coût pour la collectivité. Avec le prix de revient d’une nouvelle place de prison (106 400 €), nous pouvons financer 5911 heures de placement extérieur. Alors pourquoi hésiter ? Peut-être parce qu’il s’agit d’une question de représentation mentale. Dans l’inconscient collectif, il n’y aurait que l’enfermement d’efficace pour expier ses crimes !
Il faut juger les propositions du rapport Balladur à l’aune de la commande officielle formulée lors de l’installation du comité - en l’occurrence, la simplification de la carte administrative du pays - et à celle officieuse, mais bien présente au moins dans l’esprit du Président de la République : la reconquête politique des échelons locaux et régionaux dominés aujourd’hui par la gauche. Force est alors de constater que la France recomposée par le comité Balladur ne répond ni à l’un ni à l’autre.
Le passage de 22 régions métropolitaines à une quinzaine, la création d’un nouvel élu (baptisé conseiller territorial), l’adoption d’un mode de scrutin différent en fonction des territoires ruraux ou urbains pour assurer son élection, le retour à l’ancien département de la Seine avec la fusion de la capitale et de ses départements limitrophes, et pour finir la naissance de huit métropoles, curieuse resucée des métropoles d’équilibres inventées dans les années soixante pour faire contrepoids à Paris, semblent tenir lieu de « big-bang » territorial du pauvre.
Le comité Balladur a tellement eu peur de se voir accuser de partialité politique qu’il a même savamment dosé ces propositions pour ne pas avantager ou désavantager l’un ou l’autre des camps. Le charcutage électoral est certes toujours possible avec la disparition des cantons et la création des nouvelles circonscriptions pour l’élection des conseillers territoriaux, mais il n’est pas a priori contenu dans le texte.
C’est peu dire que les propositions phares du rapport n’apportent pas de réponses originales, encore moins de réponses pertinentes, à la simplification administrative du territoire. Le fameux « millefeuille » administratif sort à peine écorné du travail des onze sages, preuve s’il en fallait du peu de pertinence de cette notion. En effet, la France dispose du même nombre de strates administratives que tous les grands pays européens. Quand au regroupement de certaines régions, au nom du principe de la taille critique européenne à atteindre, il n’est que proposé sur la base du volontariat.
Si le fait régional semble plutôt conforté, à l’exception de l’Ile-de-France, il est difficile de croire que la suppression de 2000 élus par la fusion très imparfaite des conseillers généraux et des conseillers régionaux sur les 500 000 que compte au total notre pays soit une véritable simplification, ni même d’ailleurs une grosse source d’économies. Pire, les doublons administratifs étatiques persistent faute de ne pas avoir voulu aller au bout de la logique de la décentralisation et du partage des compétences.
On peut aussi s’interroger sur le temps exceptionnellement long qu’il a fallu à cette « docte » assemblée pour recycler autant de vieilles lunes. Il y a fort à parier que ce document va faire l’unanimité contre lui et qu’il sera discrètement enterré. A moins que Nicolas Sarkozy ne s’obstine dans la voie d’une réforme territoriale et qu’il fasse pour cela des propositions d’un autre calibre dans les mois qui viennent. Le débat ne ferait alors que débuter.
A quoi servent les ministres du gouvernement Fillon ? Ils ne semblent plus avoir prise sur rien. Incapables de mener une négociation, ils sont contraints de s’adjoindre des médiateurs pour essayer de faire passer les « réformes » du Président de la République. Xavier Darcos, Yves Jégo, Valérie Pécresse, pour ne citer que les cas les plus connus et les plus récents, ont été obligés de battre en retraite et d’accepter de tomber dans les mains des émissaires de l’Elysée. Qu'il est difficile, quand on a un moment rêvé d’atteindre l’Olympe, de se voir réduit à jouer les servants d’autel !
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