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18 juin 2008

La suppression de la carte scolaire ou le bel avenir des ghettos

L’assouplissement de la carte scolaire, avant sa suppression définitive en 2010, produit ses premiers effets négatifs, selon un rapport de deux inspecteurs généraux interdit de publication par le ministère de l’Education nationale. Les rapporteurs soulignent une nette accentuation du recul de la mixité scolaire et un renforcement de la ségrégation ethnique. Les établissements déjà en partie délaissés sont les plus touchés par ces évolutions et « c’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu ». Ce constat n’est malheureusement pas une surprise. L’assouplissement, mis en place entre juin et septembre 2007, ne pouvait que renforcer les stratégies d’évitement des familles les plus aisées. La carte scolaire montrait déjà ses limites en matière de mixité à l’école, mais la supprimer sans autre forme de procès correspond à jeter le bébé avec l'eau du bain. La concurrence scolaire débouche, comme prévu, sur la ségrégation. Comment pouvait-il en être autrement ? Il fallait à la rentrée 2007 beaucoup d’irresponsabilité ou de cynisme pour prétendre le contraire. La démagogie du « libre choix » laissé aux familles accouche d’un peu plus d’inégalité. Les ghettos scolaires ont plus que jamais un bel avenir !

13 juin 2008

Le Grenelle de l’environnement raboté par la loi

Selecgrenell0521846dd0907 En octobre 2007, le Grenelle de l’environnement a été un événement majeur salué par tous ceux que le destin de la planète préoccupe. Enfin, nous allions sortir des discours d’intention pour déboucher sur des propositions. Neuf mois après, le temps d’une gestation et d’un projet de loi d’orientation et de programmation, le happening environnemental de l’automne ne risque-t-il pas d’entrer dans l’histoire comme le rendez-vous des occasions manquées ? Vous me direz qu’il existe aujourd’hui le bonus-malus écologique sur les voitures et une loi « ambigüe » sur la réglementation des cultures OGM. Ce n’est déjà pas si mal reconnaissent certains. Certes, mais cela demeure très insuffisant au regard du défi que représente le réchauffement de la planète. Aussi le projet de loi défendu par Jean-Louis Borloo est-il censé reprendre les principales conclusions de la table ronde finale du Grenelle. Le problème est qu’un choix a minima a été fait. Une proposition phare comme la taxe carbone a disparu sous la pression des députés UMP très sensibles à l’augmentation de la fiscalité. En matière de biodiversité, la « trame verte et bleue » qui doit permettre de définir et de relier les grands ensembles naturels du territoire perd son caractère opposable aux infrastructures prévu dans le Grenelle. L’objectif d’aboutir au minimum à 20% d’énergie renouvelable en 2020 est en dessous des ambitions européennes et reste en matière de réalisation très flou dans la loi. Enfin que cela soit dans le bâtiment ou les transports, chantiers essentiels pour la lutte contre le changement climatique, les objectifs affichés sont ambitieux, mais le financement est loin d’être assuré. Pour le bâtiment, le conseil économique et social soulignait dans son avis « le peu d’indications sur les moyens budgétaires que l’Etat compte consacrer à une tâche dont le coût global a pu être estimé entre 600 et 800 milliards d’euros ». En fait, le gouvernement mise sur une réforme de la fiscalité locale et un transfert de charges sur les collectivités territoriales pour financer l’essentiel des mesures. Ces dernières seront-elles prêtes à se substituer une fois de plus à l’Etat ? Rien n’est moins sûr !

22 mai 2008

La suppression de la durée légale du travail

Les 35 heures n’en finissent plus de mourir. Proches de la phase terminale, il n’y a néanmoins personne qui ose débrancher le respirateur artificiel. Pour l’ancien rapporteur socialiste de la loi Aubry, Gaétan Gorce, le temps de travail n’est plus « une question centrale ». Il est vrai que cette mesure emblématique du gouvernement Jospin a contribué à couper le parti socialiste de sa base ouvrière. La réduction du temps de travail s’est souvent  accompagnée d’une modération salariale sur plusieurs années et d’une dégradation des conditions de travail. Il est aujourd’hui assez bien établi que ce sont les cadres des grands groupes qui en ont tiré le plus grand profit, tandis que 40% des salariés n’y ont jamais eu accès. Le principe n’était pas forcément aberrant. Il reposait sur le partage du travail pour donner un emploi à ceux qui n’en avaient pas. Les prévisions les plus optimistes avançaient jusqu’à la création de deux millions d’emplois. Les conditions de sa mise en application ne permis pas de dépasser la barre des 350 000. Cela était notoirement insuffisant pour clouer le bec à la droite qui dénonçait le coût de l’opération et criait à la dilapidation de la valeur travail. Elle renouait au passage avec des accents historiques que le Vichy du maréchal en but au Front populaire n’aurait pas désavoué. Mais force est de constater aujourd’hui que le débat s’est déplacé. Avec la multiplication progressive des heures supplémentaires, les 35 heures ont été vidées de leur réalité. Reste alors la question de la durée légale du travail. La tentation du gouvernement est de la supprimer.

30 avril 2008

Pouvoir d’achat : les coups en douce !

Le gouvernement précédent avait fait du développement des services à domicile une de ses priorités pour l’emploi. Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher expliquaient que la démographie du pays, caractérisée par l’allongement de la durée de la vie et le vieillissement de la population, créaient un véritable gisement d’emplois pour peu qu’on l’encourage par la simplification des procédures d’embauche pour les particuliers et quelques dégrèvements fiscaux. Cela fut fait sous la forme du chèque emploi service universel (CESU). Outre une déduction d’impôt conséquente, en réglant par CESU leur personnel de maison, les personnes âgées de plus de 70 ans, les titulaires de la carte d’invalidité à 80%, les parents d’un enfants handicapé étaient exonérés de certaines cotisations patronales de sécurité sociale, notamment celles concernant les accidents du travail. Au 1er janvier 2008, cette exonération ne s’applique plus ! De plus, cette cotisation passe de 3,50 à 3,70%. C’est probablement - après l’augmentation des produits alimentaires, du fuel et du gaz - ce que le gouvernement Fillon appelle donner du pouvoir d’achat aux pauvres, aux personnes âgées et aux handicapés !

08 avril 2008

Paris sans flamme, Paris s'enflamme

Images Un dispositif rapproché, des forces de l’ordre omniprésentes, et pourtant la flamme olympique n’est pas passée. De nombreux manifestants déterminés ont empêché le bon déroulement de la cérémonie parisienne. Les jeux donnés à la plus grande dictature du monde font des vagues. Il y a bien sûr quelques beaux esprits…olympiques pour regretter qu’une manifestation symbole de paix ait pu ainsi dégénérer. « Mêler le sport et la politique », vous vous rendez compte. Et bien oui ! Nous pouvons peut être regretter le fiasco d’hier, mais il était prévisible. Les Parisiens ont refusé de cautionner l’occupation du Tibet, les arrestations nombreuses des militants des droits de l’homme en Chine et plus largement le régime communiste chinois qui se croit intouchable. Qu’on ait vu sur les drapeaux agités au passage du cortège plus de menottes que d’anneaux olympiques prouve que la propagande chinoise ne prend plus. Fallait-il accorder les jeux à Pékin sans aucune contrepartie, sinon la promesse d'être vigilant sur les atteintes aux droits de l'homme ? Promesse que le comité olympique et son président se sont empressés d'oublier. Aujourd’hui, ils en paient le prix avec, et cela est plus regrettable, tout le mouvement sportif. Paris sans flamme, mais Paris s’enflamme pour la bonne cause : celle du Tibet et des droits de l’homme. Au fait, qu’en dit le Président de la République ? Rien jusqu’à cette heure ! Lui aussi semble avoir perdu la flamme !

06 avril 2008

Le dépeçage inefficace de l’Etat

Nous y sommes comme prévu. Le plan de rigueur vient d’être annoncé par Nicolas Sarkozy. Le gouvernement, qui s’est entêté dans une politique économique déconnectée des réalités du pays, pouvait-il faire autrement ? Les cadeaux fiscaux aux plus riches ont un coût qu’il faut aujourd’hui payer cash. Le déficit public a atteint les 2,7% du produit intérieur brut. La dette a dépassé les 1210 milliards d’euros et représente plus de 64% du PIB. Il ne reste plus en bonne logique gouvernementale qu’à couper dans les dépenses.  Près de 7 milliards d’économie sont annoncées. Le logement, la santé, l’emploi, l’éducation et la formation vont en faire les frais. Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite est ainsi réaffirmé. Cela se traduira par la poursuite de la suppression des postes dans l’Education nationale, le secteur hospitalier et la police. Autant de domaine, comme chacun sait, où il y a pléthore de fonctionnaires payés à ne rien faire ! Le discours sur la « modernisation » de l’Etat pourrait être compris du plus grand nombre s’il ne s’agissait pas dans les faits de procéder à son dépeçage. Qui peut être contre la fin du saupoudrage inefficace des aides et un recentrage sur les personnes qui en ont le plus besoin ? Qui peut être contre une meilleure collaboration entre l'Etat et les collectivités territoriales (communes, départements, régions) pour mettre en œuvre les politiques publiques ? Mais est-ce réellement de cela dont il est question ? On peut en douter quand l’objectif avoué est d’abord le retour à l’équilibre des finances publiques pour 2012 et de tenir avec deux ans de retard les engagements européens de la France ! Avant d’hypothéquer l’avenir par des coupes claires dans les budgets de l’éducation, la formation, la santé, le logement, ne serait-il pas préférable d’annuler la quasi-totalité du « paquet fiscal » adopté en 2007 ? Cette mesure permettrait de retrouver une marge de manœuvre de 15 milliards d’euros par an à partir de 2009. La moitié de cette somme pourrait être ainsi consacrée au désendettement de l’Etat et l’autre moitié irait au pouvoir d’achat. Revalorisation de 50% de la prime pour l’emploi, réduction du taux de TVA sur les produits de première nécessité, rattrapage du smic et progression de 5% des petites retraites seraient dès lors possibles. Nous pourrions ainsi assainir nos finances, mieux répartir les efforts et relancer la consommation en répondant aux préoccupations des Français.

24 mars 2008

Un peu de dignité et de courage face à la répression chinoise au Tibet

Tibet Depuis plus d’une dizaine de jours, la Chine mène au Tibet une répression sans concession. Un important déploiement militaire se poursuit dans la « région autonome » après les violences de la semaine dernière qui ont fait plus d’une centaine de morts. La Chine ne semble pas prête de mettre un terme à sa domination coloniale sur cette région du monde. Outre la relation ancestrale entre les deux Etats, c’est bien parce que le Tibet représente pour la Chine un enjeu géostratégique de grande importance que cette dernière est aussi intraitable. Le Tibet historique représente un quart de la Chine, dix des plus grands fleuves d’Asie y prennent leur source et les ressources minières s’y trouvent en grande abondance. Pour les Chinois, perdre le Tibet porterait en germe la désintégration de leur empire multiethnique. Depuis 1949 et l’affirmation par Mao Zedong de la souveraineté de la Chine sur le Tibet, ce dernier est entièrement dépendant des investissements et des subventions chinoises. Un « génocide culturel », selon l’expression du dalaï-lama, est en passe d’être accompli. La langue est en danger : dans la « région autonome », l’enseignement est en chinois à partir du collège et le tibétain n’est plus utilisé dans l’administration. Les photographies du dalaï-lama sont interdites en public comme en privé, les fonctionnaires d’Etat n’ont pas le droit de pratiquer et des cours d’éducation patriotique sont dispensés dans les monastères. Nous serions aujourd’hui en droit d’attendre de la France, « pays des droits de l’Homme » des mesures concrètes pour protester au moins contre la répression de ces derniers jours. Le premier ministre britannique a dit qu’il recevrait le dalaï-lama à Londres au mois de mai. Berlin a annoncé le gel des discussions sur les questions de « développement » avec la Chine en signe de protestation. La France n’a fait que demander un meilleur accès des journalistes au Tibet et a appelé à un dialogue entre Pékin et le dalaï-lama. Voilà une intervention qui ne nuira pas au développement de relations commerciales avec la Chine et cela d’autant plus que l’Elysée reste favorable à une levée de l’embargo européen sur les ventes d’armes à la Chine décidé au lendemain du massacre de Tiananmen en 1989. L’étendard des droits de l’Homme aurait pu être mieux déployé par un pays qui se vante d’en avoir été l’inventeur. Alors parler de boycott des jeux olympiques, voire de la seule séance d’ouverture, vous n’y pensez pas. Nicolas Sarkozy s’est engagé auprès du président chinois Hu Jintao à se rendre en Chine pour les jeux ! Face à une telle mascarade, il est urgent de faire pression sur l’Elysée pour que notre pays retrouve la voie de la dignité et du courage. A quand le dalaï-lama reçu officiellement en France ? Le boycott des jeux olympiques n’est peut-être pas l’action la mieux appropriée, mais que le Président de la République ne se rende pas, par exemple, à la cérémonie d’ouverture, pourrait être un geste fort de protestation contre une répression chinoise dont la violence est de plus en plus patente.

14 mars 2008

La droite fait peur pour sauver les meubles !

La droite fait feu de tout bois pour ne pas voir l’avertissement de la semaine dernière se transformer en vote sanction dimanche. A quelques heures de la fin de la campagne, les déclarations de ses responsables se multiplient pour mettre en garde les Français contre une victoire trop nette de la gauche. Deux arguments reviennent en boucle : l’augmentation des impôts et la suppression des subventions de la part des conseils généraux et régionaux dirigés par la gauche aux communes où le maire serait de droite. Le Premier ministre n’hésite pas, avec le grand sens politique qui le caractérise, à faire passer le message. Il paraît que des élus locaux se sont plaints à lui de souffrir de discrimination de la part de ces affreux socialo-communistes. Selon Henri Pailleux, maire de Coignières et en grande difficulté pour sa réélection dans le canton de Maurepas, « au Conseil régional (Ile-de-France), il faut faire partie du cercle de famille pour en obtenir certaines (subventions) ». Le problème est que ce maire espère obtenir des subventions sans en faire la demande. Si ce cas de figure est un chef d'oeuvre de bêtise, il n’en témoigne pas moins de la très mauvaise foi de certains élus qui n’hésitent pas à essayer de faire assumer aux autres leur peu de dynamisme. Je ne pense pas que le maire UMP de Rambouillet, Gérard Larcher, ait à se plaindre de l’absence de subventions régionales. Ni d’ailleurs le maire UMP de Meaux Jean-François Coppé, ville qui a le plus bénéficié en Ile-de-France de ces mêmes subventions depuis 2004 ! Ce procès, instruit par un Premier ministre en exercice et repris par des élus UMP inquiets pour leur réélection, est indigne. Il traduit bien le désarroi politique dans lequel se trouve aujourd’hui la droite. La seule réponse que les électeurs puissent apporter dimanche, c’est de voter massivement pour les candidats de la gauche.

29 février 2008

Pouvoir d’achat : impuissance ou absence de volonté ?

Dsc00396_3 Le pouvoir d’achat des Français est devenu ces dernières semaines un des principaux sujets de débat. Il est vrai qu’il avait déjà été au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle. L’intérêt pour cette question rebondit aujourd’hui au vu des résultats de l’enquête de l’UFC-Que choisir qui annonce des hausses allant au-delà de 40% pour certains produits alimentaires. La ministre de l’économie et des finances a bien tenté de désamorcer la bombe en se rendant dans un hypermarché pour vérifier les prix. Le Premier ministre vient aujourd’hui de reconnaître qu’il existe un problème. Il aura donc fallu au gouvernement près d’un an pour se rendre à l’évidence : les prix augmentent, les salaires stagnent et le pouvoir d’achat moyen des Français ne progresse plus, voire diminue pour certaines catégories sociales. Qu’attend alors le gouvernement pour agir ?  Son impuissance actuelle est liée avant tout à son inaction. Le pouvoir d’achat peut se défendre sur deux fronts : les prix et les revenus. Pour augmenter ces derniers, il dispose de quelques leviers : salaires du public, minima garantis (smic, retraites), allocations familiales, allègements fiscaux et sociaux. Pour les prix dans une économie de marché, c’est plus difficile. Pourtant, ce qui aujourd’hui conduit à une hausse scandaleuse de certains prix relève avant tout des ententes illicites entre les grands groupes de l’agro-alimentaire et de la distribution. La concurrence est en fait faussée pour éviter toute baisse des prix et garantir aux actionnaires les rémunérations les plus élevées. Les consommateurs sont donc les victimes de pratiques mafieuses. La hausse du prix des matières premières est aussi devenue le prétexte d’une augmentation indécente des marges réalisées. Est-il normal qu’une salade achetée au producteur 12 centimes d’euro puisse être revendue jusqu’à 1,5 € au prétexte que les cours du pétrole flambent ! Nous connaissons ces pratiques depuis longtemps. Il n’est pas très compliqué de lutter contre en activant les services de la concurrence et des prix, ainsi que ceux de la répression des fraudes. Faut-il encore se donner les moyens d’être efficace en renforçant les équipes chargées des contrôles ! Nul doute que notre « président du pouvoir d’achat » aura à cœur de réaliser sa promesse.

26 février 2008

De l’Etat de grâce…

L’Etat de grâce pour le Président de la République n’est plus qu’un lointain souvenir. Promesses non tenues, vie privée surexposée, déclarations cacophoniques ont contribué à la chute spectaculaire dans les sondages de sa cote de confiance auprès des Français. Le Sarko-show ne fait plus recette et le Président peine à garder son calme, comme en témoigne sa dernière sortie contre un badaud récalcitrant au salon de l’agriculture. Il y a encore six mois tout lui était pardonné : du Yacht de Bolloré à la Rollex. Aujourd’hui, tout lui est reproché jusqu’à sa mauvaise éducation. Et pourtant,  il s’agit du même homme. Il ne s’était jamais caché avant son élection d’avoir un goût prononcé pour l’argent, de vouloir la peau de la laïcité à la française, de croire obsolète le message républicain au point de lui préférer celui de l’Eglise, de ne vouloir remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite… Le ton, l’énergie du discours et les accents prophétiques du candidat ont masqué le temps d’une campagne le sens réel des propositions et le caractère velléitaire du personnage. Les Français ne tenaient-ils pas là leur homme providentiel ? La tunique était certes un peu grande, mais avec Nicolas Sarkozy, « tout devenait possible », selon son propre slogan de campagne. Cela a d’autant mieux fonctionné qu’en face, les socialistes divisés ont rendu inaudible un projet sûrement mieux adapté qu’on ne le disait à la société française d’aujourd’hui. Aussi la bataille de l’image a-t-elle tourné assez vite à l’avantage du candidat de l’UMP. La dynamique ainsi créée a servi de crédibilité jusqu’à la caricature. Les commentaires de la presse sur le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avant le second tour en témoignent. Alors que cette dernière l’avait assez largement dominé sur tous les sujets, le vainqueur pour la presse ne pouvait être que lui. Il avait su garder son calme, ne pas répondre aux attaques de son adversaire, faire preuve d’un grand sens du concret jusque dans sa péroraison finale, que tout le monde a oublié depuis, où il promettait le remboursement des montures de lunettes par la sécurité sociale ! Encore une promesse non tenue, me direz-vous. Peu importe. Il aurait à l’époque promis la gratuité du logement pour les smicards que les « meilleurs experts » et Madame Boutin en tête seraient venus sur les plateaux de télévision pour défendre le réalisme d’une telle proposition. Mais le smic à 1500 euros à la fin de la mandature proposé par son adversaire, il ne fallait pas y penser. C’était impossible sans mettre en péril toute l’économie française. Si la politique n’est jamais rationnelle, nous avons quand même atteint des sommets en 2007. Le réveil actuel est d’autant plus difficile pour nombre d’électeurs de Nicolas Sarkozy que la croyance n’est pas la meilleure assurance pour l’avenir. S’en rendre compte ne peut que déclencher des poussées d’amertume ! Il ne reste plus alors qu’à brûler ce que l’on a adoré. Les plus critiques seront toujours ceux qui, peu perspicaces en mai 2007, ont aujourd’hui l’impression que leur confiance a été trahie par un sauveur aux petits pieds.

10 février 2008

La gauche s’est convertie au référendum

L’article 11 de la constitution, qui donne au Président de la République la possibilité de consulter les Français par référendum, ne suscite plus d’opposition à gauche. Tout le monde semble avoir oublié les mobilisations de 1958 contre cette pratique institutionnelle assimilée aux plébiscites napoléoniens. En définitive, il aura fallu les débats autour de la construction européenne de 1992 à 2008 pour constater le ralliement de toutes les composantes de la gauche au référendum. Pas une voix ne manque aujourd’hui parmi ses leaders pour le parer de toutes les vertus démocratiques. Une telle évolution est le premier enseignement du débat sur le traité de Lisbonne. Si peu de monde sait sur le fond ce qu’est réellement ce document - une copie conforme du traité à portée constitutionnelle de 2005 ou un nouveau texte évitant de « graver dans le marbre » le libéralisme - l’unanimité s’est faite à gauche sur la nécessité de recourir pour son adoption à un référendum. Il sera donc ensuite difficile d’aller expliquer qu’une Sixième République qui redonnerait plus de pouvoir au Parlement, qui réduirait les pouvoirs du Président et qui supprimerait le référendum serait un pas vers le nirvana démocratique. La Cinquième République peut donc passer en toute quiétude le cap de ses cinquante ans. Elle risque tout au plus un léger dépoussiérage tant ses principes ont pénétré notre classe politique. Le débat institutionnel de fond est bel et bien clos ! Faut-il encore à gauche en tirer tous les enseignements et savoir reconnaître l’évolution de notre culture politique.

30 janvier 2008

Le SMIC en sursis

Le SMIC est aujourd’hui menacé. Si le gouvernement ne souhaite pas le supprimer, il veut néanmoins revenir sur le calcul de son augmentation. Créé en 1970, le SMIC avait vocation à faire profiter chacun des fruits de la croissance. Il augmente ainsi annuellement au minimum de l’inflation plus la moitié du gain d’un ouvrier. Il arrive même que certaines années les pouvoirs publics donnent un petit coup de pouce supplémentaire. Ces « largesses » devraient bientôt cesser puisque Nicolas Sarkozy propose de remettre en cause cette mécanique en supprimant l’indexation automatique sur la croissance. Le SMIC, tel qu’il est calculé, limiterait la création d’emplois.

La France en remettant en cause son calcul, par une loi votée après les élections municipales, irait à contre-courant de l’évolution européenne qui a vu l’Angleterre se convertir au SMIC depuis près de 10 ans et l’Allemagne qui, aujourd’hui, songe sérieusement à lui emboîter le pas. L’échec du fameux « paquet fiscal » de 15 milliards d’euros aurait pu faire réfléchir le gouvernement français sur le bien-fondé de sa stratégie de relance de la croissance. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’enferre dans ses vieilles lunes libérales. Cette mesure, dangereuse pour les smicards dont le pouvoir d’achat ces vingt dernières années a déjà baissé, sera comme les précédentes contre-productives parce que la croissance et l’emploi dépendent avant tout de l’augmentation du SMIC et des petits salaires.

La clef est bien le pouvoir d’achat, non pas des plus aisés, mais de ceux qui sont les plus fragiles : smicards et classes moyennes. Une forte augmentation du SMIC doit être accompagnée par des mesures fiscales toutes aussi significatives : suppression de la taxe d’habitation dans sa forme actuelle, augmentation de la CSG sur les revenus du patrimoine pour financer les retraites par répartitions, abaissement du taux d’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis dans l’entreprise.

Cette politique aurait à la fois le mérite de réduire les inégalités et de relancer la croissance, mais les Français ont élu Nicolas Sarkozy ! Celui qui promettait d’aller « chercher la croissance avec les dents » s’avoue aujourd’hui impuissant. Il est impressionnant de constater comment huit mois de pouvoir peut vous transformer un jeune félin aux dents longues en un vieux matou édenté ! Pour autant, il ne faut pas s’y fier : il lui reste encore les griffes pour déchirer le contrat social.

14 janvier 2008

Le retour de la police de proximité

Le gouvernement réhabilite la police de proximité lancée par Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement. Après avoir signé en 2002 son arrêt de mort, Nicolas Sarkozy revient sur sa décision et propose de mettre en place à titre expérimental des « unités de police des quartiers ». Il est dommage d’avoir perdu cinq années pour des raisons idéologiques et d’avoir attendu une dégradation inexorable de la situation des quartiers pour faire machine arrière. Si les élus locaux approuvent sans réserve cette décision, il faudra néanmoins que les moyens suivent. La région Ile-de-France a participé à la construction de commissariats et de postes de police qui n’ont jamais ouvert leurs portes parce que le ministère de l’Intérieur, contrairement à ses engagements, n’y a pas affecté les effectifs nécessaires.

09 janvier 2008

RESF communique

Un jeune algérien, Reda Semoudi, âgé d'à peine trente ans, a fait une chute mortelle ce mardi matin en tombant du 9ème étage, d'un immeuble de la cité du londeau à Noisy le Sec au cours d'une perquisition menée par la police.
D'après les informations données par sa compagne et ses proches, le jeune homme était sans papier.

La Préfecture de police affirme qu'il avait été interpellé la veille dans le cadre d'une affaire de stupéfiants. Au cours de la perquisition, il aurait " échappé à la
vigilance des policiers" et aurait "sauté par la fenêtre".
Cette version suscite beaucoup d'interrogations :
- Reda sans papiers ? oui, mais présent en France depuis 7 ans,
futur époux d'une femme en situation régulière, bientôt papa, il
avait toute chance de voir son dossier régularisé.
- Reda trafiquant ? sa compagne et ses proches le présentent plutôt
comme un jeune homme sérieux, calme, qui faisait des projets d'avenir.
Dans l'un et l'autre cas, rien n'explique sa mort.
Le Réseau Education Sans Frontière (RESF) présent sur place à côté de la famille de Reda s'associe à leur douleur et partage leurs doutes et leur colère. Il exige que toute la vérité soit faite quant au
respect des procédures et au comportement des forces de police au
cours de ce drame.
Nous voulons savoir pourquoi Reda est mort ce matin.

Pour RESF Noisy-le-Sec RESF 93
Véronique Vaude Jean-Michel Delarbre
01 48 44 97 64 06.89.30.86.15
06 16 99 88 05

01 janvier 2008

Vœux présidentiels : Sarkozy lucide ou cynique ?

L’année politique s’est achevée, comme c’est la coutume depuis le premier septennat du général de Gaulle, par les vœux du Président de la République aux Français. Le service de la communication de l’Elysée avait annoncé un sérieux dépoussiérage, tant sur le fond que sur la forme, de ce type d’exercice. Force est de constater que Nicolas Sarkozy a finalement opté pour une prestation classique. Mais l’important n’est pas dans cette nouvelle promesse non tenue, mais plutôt dans le ton pathétique de son intervention soutenue par des formules aussi creuses que « cette politique de civilisation » qu’il n’hésita pas à invoquer pour définir le sens qu’il voulait donner à son action en 2008. Nous avions connu Monsieur Guaino, l’homme de la mise en bouche présidentielle, mieux inspiré pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! A croire qu’hier le cœur n’y était plus. Il est vrai qu’après huit mois de pouvoir, à l’exception du recul social, le bilan du Président semble bien maigre. Les ressorts d’une communication tous azimuts se sont distendus en direct, laissant entrevoir le vide sidéral de la pensée présidentielle. A tel point, qu’il fallut bien, faute de mieux, recycler les vieux tubes du sarkozisme : énergie, détermination sans faille, petit coup de menton et de tête. Il ne manquait que la Rollex, cachée pour une fois sous la manchette de la chemise. Le discours volontariste de la campagne électorale qui avait su séduire une majorité de Français s’est transformé au fil d’une lecture laborieuse d’un prompteur un peu trop rapide en une supplique inhabituelle. « Ce n’est pas encore ce que je vous avais promis, je le sais, mais donnez-moi encore une chance et vous verrez » ! Tel était au final le contenu de l’intervention de celui qui s’était proclamé quelques mois plus tôt le « président du pouvoir d’achat ». Crise de lucidité ou cynisme achevé ? La réponse en 2008 !

15 décembre 2007

Kadhafi n’a pas tué que des faisans !

Dsc00496 Kadhafi a conclu sa visite en France par un safari à Rambouillet. Cinq malheureux faisans, probablement lâchés quelques minutes avant la venue du chef de l’Etat libyen, ont fait les frais de la réconciliation franco-libyenne. Le bilan peut être maigre si l’on s’arrête à la partie de chasse rambolitaine. En revanche, il est évident que la prestation en France de Kadhafi fut pour lui un succès à nul autre pareil. Au ban des nations, il y a encore quelques mois, la Libye est aujourd’hui réhabilitée. La France et son président y auront pleinement contribué. C’est indiscutablement une très grande réussite pour la diplomatie française. Nous avons appris tout à trac qu’en Libye le peuple était au pouvoir, que la France ne se conduisait pas très bien avec ses immigrés et que le président Sarkozy n’avait jamais interpellé son hôte sur la question des droits de l’Homme. La justification de ce voyage avec tapis rouge ne tiendrait que dans la petite dizaine de milliards d’euros de contrats que nous aurions signée. Et voilà qu’hier, on apprend que, même du côté des contrats commerciaux, la partie est loin d’être gagnée puisqu’il ne s’agirait que de promesses. A vouloir jouer au plus malin avec un renard du désert, Nicolas Sarkozy a perdu la face et notre pays sort mal en point d’une telle mascarade. Souvenons-nous longtemps des propos courageux de Rama Yade. Ils sont tout à son honneur, même si elle ne les a pas assorti d’une démission. Quant à Bernard Kouchner, il n’a plus un poil de sec. Quel naufrage aurait pu dire le général de Gaulle en parlant du maréchal Pétain ! Comment est-il possible de trahir à ce point ses idéaux ? L’histoire est tragique. A l’ignorer, on s’expose en quelques semaines à détruire la construction patiente de toute une vie. Kadhafi n’a pas tué que des faisans !

06 novembre 2007

Mal-logés : de l’autorité à défaut d’efficacité

Canal_st_martin Après avoir pris fait et cause pour les sans-abri et tous les mal-logés de la terre pendant la campagne électorale, Christine Boutin, devenue ministre du Logement, peine aujourd’hui à mettre en accord ses convictions avec ses actes.

Il ne suffit pas de décentraliser le ministère et de s’offrir des tournées en région pour faire face à une crise du logement proche de celle mise en lumière par l’appel de l’abbé Pierre dans l’hiver 1954.

Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions, nous n’avons jamais aussi peu construit de logements sociaux que ces dix dernières années. De la même manière, dans toutes les villes, l’hébergement d’urgence fait défaut.

Cette situation contraint de nombreuses familles à vivre entassées dans des chambres d’hôtel à des prix prohibitifs en attendant le relogement salvateur toujours différé.

Les promesses de Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Cohésion sociale du gouvernement Villepin, n’ont pas été tenues. Sur les 27 000 places d’hébergement d’urgence qui devaient être dégagées, il en manque à ce jour 14 000. Et pendant ce temps, plus de 7000 personnes dorment dehors dans la capitale.

Alors, qu’attend-on pour réquisitionner les logements vides ? Cette procédure, certes compliquée, s’impose face à l’urgence, même si elle n'est pas une solution d'avenir. Il semble plus facile à la ministre du Logement de faire donner la police contre les campements sauvages sur les trottoirs parisiens.

A défaut de mener une politique efficace contre la pénurie de logements, elle a malheureusement l’autorité sourcilleuse des dirigeants qui ne savent plus quel sens donner à leur action.

29 octobre 2007

De l’intelligence, encore de l’intelligence, toujours de l’intelligence

Grenelle de l’environnement, réforme de la constitution, mini traité institutionnel européen, le Président de la République tente par tous les moyens de détourner les Français d’une situation économique et sociale qui s’aggrave. Le pouvoir d’achat ne s’améliore pas, la croissance économique est aux abonnés absents et le chômage stagne. Les 14 milliards de cadeaux fiscaux sont loin de produire les effets escomptés tandis que les malades paieront les franchises médicales. Un encouragement de plus quand on a un petit budget à ne pas mettre les pieds dans un cabinet médical. Après tout, ce n’est peut-être pas une raison pour ne pas s’occuper du sort de la planète, de la constitution et de l’Europe. Dans tous ces domaines, de nombreuses propositions viennent d’être faites qui méritent l’attention : écotaxe, gel des programmes autoroutiers, priorité aux transports en commun, moratoire ( ?) sur les OGM, renforcement des droits du Parlement, fin du cumul d’un mandat de parlementaire avec la présidence d’un exécutif (conseil régional, conseil général, conseil municipal), limitation de l’article 49-3, réforme de la présidence de l’Europe, extension de la majorité qualifiée, renforcement des droits du parlement européen, un haut représentant pour les affaires étrangères. Ce survol laisse de côté bien des propositions qui, si elles étaient un jour appliquées, transformeraient profondément notre République et nos habitudes de vie. Le problème, c’est leur peu de chance de voir le jour. Si par hasard, elles percent le rideau défensif de certains lobbies opposés à leur application, tout sera fait pour en atténuer la portée. Et pourtant les difficultés économiques et sociales dans lesquelles nous sommes aujourd’hui plongées ne trouveraient-elles pas au moins en partie leurs solutions dans ces réformes. L’environnement n’est-il pas un secteur porteur d’emplois ? La réforme de nos institutions ne permettrait-elle pas de sortir de la crise de confiance des Français vis-à-vis de leur classe politique ? La dimension européenne n’est-elle pas pour la France sa nouvelle frontière ? A vouloir trop segmenter les problèmes, à ne pas avoir une vue d’ensemble à l’heure de la mondialisation, on se condamne à n’apporter que des remèdes partiels à des situations qui relèvent d’une dimension globale. C’est d’intelligence dont on a aujourd’hui le plus besoin pour ne laisser personne sur le carreau, pour protéger l’avenir des générations futures et pour redonner un nouveau souffle à notre « vieux » pays. Pour paraphraser, le célèbre mot de Danton et le mettre au goût du XXIe siècle : « De l’intelligence, encore de l’intelligence, toujours de l’intelligence ! »

26 octobre 2007

La CIMADE communique

Communiqué de presse

Cela s 'appelle une RAFLE !!!

Cela vient de se passer cette fin de matinée, entre la rue de la République et le Cours Gambetta :

Des policiers qui arrêtent les bus systématiquement, qui contrôlent certains passagers au faciés, c'est à dire qui ressemblent à des étrangers, qui font descendre, femmes, hommes ,poussette, qui embarquent sans discussion et sans ménagement, et même violemment comme cette femme (qui pourtant avait des papiers) qui allait chercher ses enfants à l'école (qui attendent toujours leur mère dont nous n'avons aucune nouvelles 3 heures après)...

Nous l'avons vu de nos propres yeux puisque nous la CIMADE avons pris des photos et avons même été controlé et villipendé pour ce fait... Nous avons appelé le cabinet du Préfet pour lui dire notre émotion devant cette femme en pleurs qui a assisté à l'embarquement de son amie pourtant en règle.

Cela porte un nom : Une rafle. Tout simplement. Le terme est approprié. Et, nous ne pouvons même plus mettre des guillemets.

Et, nous ne confondons rien...nous ne faisons pas ici de parallèle entre 1942 et 2007.

Les situations ne sont pas comparables. Rien à voir. Les raflés ne sont pas envoyés vers l'indicible. Ils disposent encore un peu, de recours d'un état de droit. Le pouvoir qui a donné ces consignes a été légitimement élu. Etc.

De même que nous n'amalgamons pas, comme un premier réflexe, ce qui revient de la chasse systématique des étrangers qui a tendance à ce developper : objectifs chiffrés d'expulsions donnés par le pouvoir à sa police, des policiers forçant une porte au petit matin, ou encore des convocations-piège à la préfecture...

Mais n'en déplaise à quiconque... ce à quoi nous avons assisté...et nous en sommes meurtri que cela se passe en France aujourd'hui...

Cela s'appelle une RAFLE!!!

Afin de faire l'autopsie de cette rafle, la CIMADE lance un appel à témoin.

Tous ceux qui ont assité à ces faits peuvent appeler au tel : 0467065502

Contact : Jean Paul NUNEZ : 0608328413

09 octobre 2007

Immigration : une chance compromise pour la France

Le projet de loi sur l’immigration fait honte à notre pays en jetant une fois encore l’opprobre sur une partie de la population : celle qui n’a pas eu la chance de naître chez nous. En quatre ans, il s’agit de la troisième loi sur ce thème. A chaque fois nous franchissons une étape supplémentaire dans le rejet de l’étranger que nous parons de tous les maux de notre société. La xénophobie, sous-tendue par ce texte, est insupportable, inutile et provocatrice, sauf à penser que notre pays n’est plus une terre d’accueil et a renoncé à ses idéaux humanistes.

L’immigration, loin d’être un fléau, est une chance pour la France. Sans elle, nous ne serions aujourd’hui qu’une puissance de seconde zone. Les Belges, les Italiens, les Polonais, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Togolais, les Congolais et bien d’autres peuples ont fait depuis le XIXe siècle et tout au long du XXe siècle le pays que nous connaissons aujourd’hui. Par vagues successives, n’ont-ils pas contribué au développement de notre puissance économique, diplomatique et culturelle ?

Certains sont morts sur les champs de bataille des deux guerres mondiales pour défendre une certaine idée de la France. Il n’a pas été nécessaire de pratiquer un test ADN pour vérifier s’ils pouvaient porter l’uniforme. Ceux qui furent fusillés ou déportés par l’occupant pour faits de résistance, ceux dont les noms figuraient sur « l’affiche rouge », tous ceux qui ont pris les armes ont sauvé l’honneur d’une nation en refusant à la fois la défaite et la collaboration. Personne aujourd’hui ne viendrait contester leur engagement pour la simple raison qu’ils n’étaient pas Français.

Nous avons toujours été un grand pays d’immigration. Le droit du sol, qui n’est pas une invention républicaine, puisqu’il était déjà appliqué par nos rois, a permis une intégration réussie de la génération suivante. Ces enfants, nés en France, sont devenus automatiquement Français. Les difficultés que rencontrent notre pays, comme l’écrivaient Catherine Tasca et Pierre Moscovici dans une tribune publiée par Libération, sont dues à des problèmes structurels : manque de compétitivité de nos entreprises, investissement public insuffisant en matière de recherche et d’innovation, déficit chronique de logements, difficultés de l’appareil éducatif…

En faisant en sorte que les conditions requises pour le regroupement familial deviennent impossibles à remplir, cette loi ne peut que favoriser plus encore l’immigration clandestine qu’elle prétend éradiquer. Pis, en fermant ainsi ses portes, la France se condamne au déclin. Si certains n’en sont pas convaincus, il suffit d’observer une pyramide des âges pour comprendre qu’il va être urgent d’ouvrir nos frontières pour compenser le vieillissement de notre population et occuper les emplois vacants. Que se passera-t-il, par exemple, si les étudiants étrangers obtiennent plus facilement des visas pour aller étudier au Canada, en Inde ou en Chine ?

A trop vouloir chasser sur les terres de l’extrême droite, ce gouvernement prend le risque de conforter dans l’opinion l’obsession que l’immigration serait un fléau pour la France, alors qu’elle a toujours été une chance.

23 septembre 2007

Chômage : la fin de la suspicion ?

La polémique sur le chiffre du chômage avait fait rage au début de l’année 2007. Des agents des services statistiques du ministère de l’emploi avaient à plusieurs reprises manifesté leur désaccord. Les résultats de la mission confiée par le gouvernement le 20 juin dernier aux inspections générales des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) confirment bien que le mode de calcul actuel sous-évalue le nombre de chômeurs dans notre pays. Le rapport met en cause la démarche qui consiste à mélanger deux sources jugées trop différentes. Le nombre mensuel de demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE est biaisé par les directives gouvernementales (contrôles plus sévères, radiation…) transmises à l’agence, et reflète plus une activité administrative qu’une réalité sociale. Un nouvel indicateur sera publié chaque trimestre avec une marge d’erreur indiquée. Le taux de chômage ainsi corrigé devrait passer de 8% à 8,5%, soit celui qu’indiquait récemment l’organisme européen Eurostat qui majorait toujours le taux français de 0,4 à 0,5 point. Cette mesure permettra-t-elle de lever la suspicion sur la réalité du chômage en France ?

16 septembre 2007

Droit au logement opposable : rien n’est fait !

Dsc00495_2 Des membres du comité de suivi de la loi ont récemment affirmé que le projet de décret d’application viderait de sa substance le droit au logement opposable (Dalo). En effet, il prévoit selon eux que les dossiers soient étudiés au regard de l’offre locative existante. Dans le contexte actuel de pénurie de logements, cela limite de manière non négligeable la portée de la loi. Peut-on néanmoins faire autrement sans leurrer une part importante des personnes éligibles au dispositif ? Sans un effort massif de construction, cette loi est malheureusement inapplicable.

14 septembre 2007

Lettre ouverte au Ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement

« Nous ne sommes pas à vos ordres »

Monsieur le Ministre,

Vous rappelez actuellement à l'ordre les Préfets des départements dont « les résultats doivent être améliorés en termes de reconduites à la frontière ». Certains Préfets ont d'ores et déjà écrit aux Maires pour les « mettre en garde » contre toutes les initiatives de solidarité avec les sans papiers, comme les parrainages, qu'ils pourraient soutenir sur le territoire de leur commune.

Nous, Maires de Bagneux, Chaville, Clamart, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Fontenay-aux-Roses, Nanterre, Malakoff, rappelons que nous menons des actes citoyens pour protéger les habitants qui vivent, travaillent, étudient dans nos communes.

Nous sommes les Maires de tous, quelles que soient la nationalité ou l'origine, et notre rôle est d'aider chacun à trouver sa place au sein de notre société commune : le pays des droits de l'Homme.
Nous sommes indignés qu'un Ministre enjoigne aux Préfets de menacer les Maires de poursuites judiciaires pour les initiatives prises en faveur de la reconnaissance de chacun.
Cela rappelle trop des méthodes employées en d'autres temps à l'égard des Maires et des Préfets.
Votre vision obsessionnelle du chiffre en matière de politique d'immigration est d'autant plus condamnable que ce sont des êtres humains qui sont en jeu, alors même que vous n'éprouvez pas la même exigence vis à vis d'objectifs chiffrés fixés par la loi –pensons à la loi SRU- pour permettre le droit au logement !

Nous appelons tous les élus locaux à réagir avec détermination face à cette tentative de mise au pas et à nous rejoindre dans l'affirmation des libertés et des valeurs démocratiques de notre République.


- Marie Hélène AMIABLE Maire de Bagneux Députée des Hauts-de Seine
- Jacques BOURGOIN Maire de Gennevilliers Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Pascal BUCHET Maire de Fontenay-aux-Roses Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Gilles CATOIRE Maire de Clichy-la-Garenne Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Patrick JARRY Maire de Nanterre
- Philippe KALTENBACH Maire de Clamart Conseiller régional d'Ile-de-France
- Jean LEVAIN Maire de Chaville Conseiller général des Hauts-de-Seine
- Catherine MARGATE Maire de Malakoff Conseiller général des Hauts-de-Seine

13 septembre 2007

Sans-papiers : les maires de gauche réagissent aux intimidations du ministre

Huit maires de gauche du département des Hauts-de-Seine, en région parisienne, annoncent dans une lettre ouverte au ministre de l'Immigration Brice Hortefeux qu'ils continueront de protéger les étrangers sans papiers et ne céderont pas aux menaces de poursuites.

"Nous rappelons que nous menons des actes citoyens pour protéger les habitants qui vivent, travaillent, étudient dans nos communes. Nous sommes les maires de tous, quelles que soient la nationalité ou l'origine. Notre rôle est d'aider chacun à trouver sa place au sein de notre société commune", écrivent les élus dans ce texte transmis à la presse.

Les villes de Bagneux, Chaville, Clamart, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Fontenay-aux-Roses, Nanterre, Malakoff réagissaient ainsi aux lettres reçues de préfets, qui les mettent en garde contre les opérations de soutien aux sans-papiers.

L'aide au séjour irrégulier est un délit pénal. Les préfets dénoncent notamment les opérations de "parrainage" et diverses autres décisions de soutien en faveur d'étrangers en situation irrégulière.

En déplacement à Lyon, où il visitait un centre d'apprentissage de la langue française pour des réfugiés en situation régulière, Brice Hortefeux a déclaré qu'il n'avait pas encore pris connaissance de cette lettre.

Mais, a-t-il ajouté, "Il faut que la loi soit respectée. Il n'y a pas d'extraterritorialité".

Brice Hortefeux a réuni mercredi à Paris une vingtaine de préfets dont les résultats chiffrés en matière d'expulsions sont jugés insuffisants.

Le ministre craint de ne pas atteindre l'objectif de 25.000 expulsions fixé pour 2007 par Nicolas Sarkozy. Outre l'entrée de la Bulgarie et la Roumanie dans l'Union, qui ont régularisé de fait nombre de résidents de ces pays, les autorités se heurtent à de vives résistances.

"Votre vision obsessionnelle du chiffre en matière de politique d'immigration est d'autant plus condamnable que ce sont des êtres humains qui sont en jeu", écrivent les maires à Brice Hortefeux.

08 septembre 2007

Laporte : au ministère plus tôt que prévu ?

On allait voir ce qu’on allait voir ! Stage commando, entraînement intensif, musculation en tous sens, maillot profilé… On a vu une piètre équipe de France, tétanisée par l’enjeu, incapable de déployer son jeu, prise au piège du faux rythme des Argentins qui eux, faisaient le match de leur vie.

On a vu un Président de la République, avant le début de la partie, demander en forme d’hommage à son entraineur-sélectionneur de ministre de le rejoindre vite. Au résultat de la prestation d’hier soir, le vœu présidentiel risque d’être exaucé encore plus rapidement que prévu.

Il est difficile de penser que sans une profonde remise en cause, cette équipe puisse aller très loin dans une compétition dont le niveau est de plus en plus relevé. Il faut rappeler que depuis que la coupe du monde de rugby existe, l’équipe du pays d’accueil n’avait jamais perdu le match d’ouverture.

Voilà qui est fait ! Réveillez-vous les petits et montrez-nous ce dont vous êtes capables !

27 août 2007

Parti Socialiste : franchir l’obstacle !

Dsc00405 A la veille de l’université d’été du Parti socialiste, la rénovation est devenue la dernière tarte à la crème de la gauche. Les dirigeants socialistes multiplient depuis le mois de juin les tribunes dans la presse et sur leurs blogs. C’est à celui qui sera le plus rénovateur, au moins dans les mots à défaut de l’être dans les actes. Le socialisme de papa est mort et celui de « tonton » ne vaut guère mieux. Les politologues se perdent en conjectures. Certains voient dans les revers électoraux enregistrés par le PS ces dernières années, un processus de dépérissement à la manière de celui subit par le parti radical au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Si l’histoire ne ressert jamais les plats, une chose est certaine : le cycle d’Epinay, amorcé en 1971, qui avait vu autour de François Mitterrand la renaissance du PS, est bien clos. La victoire surprenante de 1997 et les cinq années de gouvernement de Lionel Jospin ont en partie occulté cet état de fait. Le réveil en fut d’autant plus douloureux. Le coup de tonnerre du 21 avril 2002 reste encore dans les mémoires, mais il est difficile de dire aujourd’hui que toutes les conséquences ont été tirées de cet échec retentissant. Son analyse est restée factuelle et nous avons continué de croire en nos valeurs sans d’ailleurs bien savoir ce qu’elles recoupaient. Suffisait-il de clamer notre attachement à la République, à sa devise, à ses principes de laïcité et de solidarité quand dans nos actes nous en étions souvent éloignés ? Nous entretenions par cette attitude la profonde crise de la représentation que connaît notre pays depuis près de vingt ans et nous faisions prospérer  de concert extrême droite et extrême gauche. Pis, nous sommes devenus au fil du temps un parti conservateur que le mouvement ne manquait pas d’affoler. Aussi le problème n’est-il pas d’être trop ou pas assez à gauche, mais bien d’incarner à nouveau pour une majorité de Français un projet cohérent où la justice sociale doit rimer avec l’efficacité économique. En dépit d’indéniables réussites locales, il ne faut pas croire que le salut viendra de ces expériences. Leur somme ne fera jamais le programme de la reconquête nationale de la gauche et celui d’une crédibilité retrouvée pour le PS.

Le socialisme a plus de 150 années d’existence. Il s’est incarné dans un parti, la SFIO, en 1905, avant de retourner à la division après la Première Guerre mondiale. La SFIO, représenta alors l’aile réformiste, tandis que la SFIC (Parti communiste) s’identifia à la révolution russe et au mouvement communiste. En fait, les socialistes n’assumèrent jamais cette rupture. De la SFIO au PS, nous nous sommes contentés tant bien que mal de « garder la vieille maison ». Ce socialisme « à l’échelle humaine », que voulurent imposer Daniel Mayer et Léon Blum lors du congrès de 1946, se heurta à une ligne marxiste traditionnelle défendue par Guy Mollet. Ce dernier l’emporta et régna sur le parti jusqu’à la fin des années soixante. La refondation d’Epinay n’eut d’originale que son incarnation : la personnalité de François Mitterrand. Sinon, il y fut réaffirmé la volonté de rupture avec le capitalisme comme cela était déjà le cas au début du siècle. La croissance et son ralentissement au milieu des années 1970, la dénonciation des régimes communistes, l’effondrement du bloc de l’Est en 1989 et la fin de la guerre froide contribuèrent au discrédit de ce modèle de développement économique et politique. Continuer de s’en revendiquer, tout en le dénonçant par les actes, sans rien inventer à la place, ne pouvait conduire qu’à un brouillage idéologique de grande ampleur et à l’impossibilité de définir une ligne politique claire. Aussi, avant toute question de leadership, est-il urgent de clarifier notre discours et de tracer la voie d’un socialisme pour le XXIe siècle qui n’ait pas pour seul horizon la défense des avantages acquis de certaines catégories sociales, voire de certaines corporations. Il existe des syndicats pour cela ! Il était une époque où l’on se moquait des motions mi-chèvre, mi-chou des congrès du parti radical, nos synthèses n’ont rien à leur envier. Le consensus à tout prix marque ses limites. Il n’est pas l’expression de la démocratie interne de notre parti, mais sa perversion. Ne serait-il pas plus sain que le débat aille au bout, qu’une majorité se dégage et qu’ensuite cette dernière assume ses responsabilités ? Le mal dont souffre le PS n’est d’ailleurs pas propre à ce parti, il relève en fait d’une culture politique française pour qui l’union sacrée est le meilleur modèle de gouvernement. Au fond, c’est d’une démocratie inachevée dont souffrent le pays et le parti socialiste. Démocratiser, c’est reconnaître l’existence d’une majorité et d’une minorité. Le clivage gauche/droite, que certains essaient aujourd’hui de passer par pertes et profits, n’est pas un archaïsme politique mais la condition même du bon fonctionnement démocratique.

Ce n’est pas en brûlant aujourd’hui ce que nous avons adoré hier que nous trouverons une réponse à nos interrogations. Cessons les combats fratricides qui eux, pour le coup, ne relèvent pas du jeu démocratique, et mettons-nous au travail avec rigueur et sans concession. S’il faut en passer par la disparition du PS dans sa formation actuelle, n’hésitons surtout pas. A condition qu’il ne s’agisse pas, bien entendu, d’un simple changement d’oripeaux.  Prouvons que nous sommes capables d’une profonde remise en cause sans pour autant abandonner ce qui fait notre identité socialiste. « Le socialisme, c’est la démocratie jusqu’au bout », disait Jaurès. Faisons émerger enfin ce socialisme démocratique en prise avec les évolutions de la société française et du monde. Sachons entendre ce que les Français nous disent pour nourrir notre action politique et définir l’intérêt général. Nous sommes à un tournant de notre histoire. Ne pas vouloir le reconnaître ne peut que nous conduire sur les chemins d’une lente agonie. Au contraire, un peu de lucidité et beaucoup de travail doivent nous permettre de franchir l’obstacle.

13 août 2007

Autodafé symbolique

L’huile de vidange s’est invitée au Banquet du livre de Lagrasse (Aude). Dans la nuit du 8 au 9 août, des inconnus se sont introduits dans une des salles de l’abbaye de Lagrasse pour maculer les 10 000 ouvrages de la librairie temporaire. « La nuit sexuelle », thème de cette dixième édition de ce salon du livre original, n’y est probablement pas pour rien. Depuis juin, un site Internet de catholiques radicaux critiquait le choix des organisateurs incitant les internautes à protester par mail contre la tenue de cette manifestation littéraire fruit de « la fine fleur des esprits tordus » dans ce « haut lieu de la chrétienté ». S’il n’y a pas à chercher très loin les auteurs de ce saccage, on ne peut qu’être inquiet face à cet autodafé symbolique. La bêtise et l’intolérance ne régressent pas dans notre beau pays. Mieux, elles nourrissent des croisades d’un autre âge comme autant de défis à l’intelligence.

04 août 2007

Transports : service garanti au minimum !

27036_jpgtrains On ne peut pas dire que la loi adoptée par le Parlement va révolutionner la vie des usagers des transports en commun terrestres. Le débat s’est focalisé sur l’obligation pour les salariés de se déclarer grévistes 48 heures avant la grève afin de permettre à l’entreprise de mieux organiser le service minimum et d’en avertir suffisamment à l’avance ses clients.

La gauche et les syndicats voient dans cette mesure une atteinte intolérable au droit de grève. Les députés socialistes ont même déposé un recours devant le Conseil Constitutionnel. N’est-ce pas ce que cherchait le gouvernement avide de faire la preuve qu’il agit et respecte les promesses du candidat Sarkozy ?

Pendant ce temps, peu de débat sur le bien fondé de cette loi et surtout, sur le recul qu’elle représente par rapport aux ambitions affichées lors de la campagne présidentielle. Le Président ne souhaitait-il pas un service entièrement assuré aux heures de pointe du matin et du soir ? Il va s’en dire qu’il n’y a rien de tel dans la loi ! D’ailleurs cela aurait été impossible sans contraindre les grévistes au travail : ce type de service nécessite la présence de 90% du personnel de la SNCF et de la RATP.  Faute de mieux, les députés n’ont voté qu’un service garanti au minimum.

Après tout ils n’ont fait que tirer les enseignements d’une situation où ce ne sont pas les grèves qui perturbent le plus le trafic et sont à l’origine de la majorité des désagréments pour les voyageurs, mais la vétusté du matériel source de plus de 80% des retards ou des suppressions de rames. Les 15% qui relèvent de la malveillance et les 5% de l’exercice du droit de grève pèsent peu en définitive. Tous les parlementaires qui suivent l’actualité des transports en France connaissent ces ordres de grandeur.

Aussi pour garantir un service de qualité n’y a-t-il qu’une solution : un investissement massif de l’Etat dans les transports en commun pour soutenir l’effort déjà entamé par les régions. Ce n’est malheureusement pas le chemin que nous prenons. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir le nombre de réalisations en matière de transport en Ile-de-France inscrites au Contrat de plan Etat-région (2000-2006) en panne à cause de promesses financières de l’Etat qui n’ont pas été tenues.

Si l’opération politique entreprise par le gouvernement, le temps d’un débat au Parlement, a parfaitement fonctionné puisque cette loi recueille l’assentiment d’une très grande majorité de l’opinion, elle risque dans quelques mois, à l’épreuve des réalités, s’avérer désastreuse quand les usagers des transports se rendront compte que les désagréments sont toujours aussi nombreux. Il y a alors fort à parier que le gouvernement essaiera de reporter sa responsabilité sur les régions. Elections municipales obligent !

25 juillet 2007

Universités : une réforme pour la forme ?

Images_universit Le système universitaire actuel, né de la loi d’orientation de 1968, semble ne plus être en mesure de répondre aux défis de formation, de recherche et d’innovation de notre temps. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour dénoncer ses contradictions et ses insuffisances : trop sélectif pour les uns, pas assez pour les autres, peu en prise avec le monde de l’entreprise, pas suffisamment autonome dans ses choix. A croire toutes les critiques qui pleuvent sur les universités, il est à se demander comment ont-elles pu chaque année accueillir autant d’étudiants sans avoir conduit le pays au naufrage. Certains diront que nous avons atteint aujourd’hui le seuil critique au-delà duquel le déclin est assuré. Pourtant si l’ossature de la réforme universitaire de 1968 perdure en terme d’organisation et de gouvernance, l’Université a bien changé. La poursuite de la massification des études avec le triplement des effectifs universitaires en quarante ans a imposé de profondes transformations : du développement des formations professionnelles à la formalisation d’objectifs contractuels avec l’Etat. La professionnalisation est un des aspects les plus importants de cette évolution. La multiplication des DESS depuis les années quatre-vingt, des formations par alternance, des licences professionnelles, des mastères professionnels avec la réforme du LMD, voire l’introduction de CFA en partenariat avec les chambres de commerce et les régions au cœur des universités témoignent de cette volonté déjà ancienne de ne pas seulement favoriser la « culture désintéressée » au risque de ne pas prendre en compte les aspirations d’un nouveau public étudiant et surtout de passer à côté des mutations technologiques et économiques du monde. De la même manière, la logique d’établissement universitaire l’a progressivement emporté au détriment de celle des disciplines. La suppression des facultés du XIXe siècle par la loi d’orientation de 1968 n’a pas séance tenante modifié le fonctionnement de l’Université. Il faut attendre les premiers contrats quadriennaux en 1984 qui obligent à des définitions stratégiques en fonction d’objectifs à atteindre en matière de développement fixés par l’établissement avec l’Etat pour voir émerger une nouvelle gouvernance. Le plan Université 2000, lancé à la fin des années quatre-vingt, va contribuer à mieux ancrer l’établissement dans son territoire en le rapprochant sensiblement de son recrutement étudiant, mais aussi des décideurs économiques et politiques locaux.

Le projet de loi sur les libertés et les responsabilités des universités qu’examine en ce moment les députés ne rompt pas avec les évolutions que nous venons de décrire. Il les entérine et propose dans les cinq ans d’aboutir à une autonomie réelle des établissements tout en renforçant le pouvoir des présidents d’université. Si certains « patrons » se voient déjà en managers, d’autres se demandent ce qu’ils feront de cette autonomie. Pourtant les principales critiques ne viennent pas de cette liberté proposée par le texte, mais plutôt du caractère minimaliste de cette réforme. En effet, on peut regretter que pas une ligne de ce texte ne soit consacrée à la réforme des premiers cycles où les échecs sont bien trop nombreux, à la vie étudiante où la précarité a ces dernières années gagné du terrain, à la remise en cause du statut d’enseignant-chercheur ou encore à l’augmentation de la dotation de fonctionnement des universités pourtant promise par le candidat Sarkozy. Il est vrai que la ministre Valérie Pécresse a expliqué que ce projet de loi constitue le socle d’autres transformations à venir. Mais à trop vouloir déminer le terrain, le gouvernement prend le risque d’une réforme pour la forme qui ne contentera personne et ne sera pas une réponse efficace aux difficultés que traverse notre système universitaire.

21 juillet 2007

La droite récidive

Le projet de loi « renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs » est en cours d’examen à l’Assemblée Nationale. Il s’agit de la 11e réforme pénale depuis 2002. Elle intervient 18 mois après l’adoption d’un autre texte sur la récidive des infractions pénales et trois mois après le vote d’une loi sur la prévention de la délinquance dont les décrets d’application n’ont pas encore été promulgués, rendant cette loi inapplicable.

Ce texte innove par la mise en place de « peines plancher » en cas de récidive et par l’application aux mineurs dès la deuxième récidive du dispositif destiné aux adultes. Les peines plancher rompent avec le principe du droit français de l’individualisation de la sanction. Même si les juges auront la possibilité de réduire les peines minimales en motivant leur décision sur des critères de « garantie de réinsertion » ou de « personnalité », la réalité sera, face à la quantité de dossiers à traiter, une application quasi systématique des « peines plancher » à tout le monde. En fait, cette loi entraînera une forte augmentation de la population carcérale et, à défaut d’une véritable politique pénitentiaire pour la réinsertion des détenus, une croissance paradoxale des cas de… récidive.

Aucune étude n’a pu établir à ce jour une corrélation entre le nombre d’années passées derrière les barreaux et le taux de récidive. En revanche, ce dernier est fortement influencé par les conditions de vie dans les prisons et la qualité de l’accompagnement de ceux qui en sortent. C’est pourquoi, les propositions de développer les alternatives à la détention, de mettre en place un meilleur suivi des détenus pour leur réinsertion et d’améliorer leurs conditions de vie sont les seules qui permettent une lutte efficace contre la récidive.

Nous n’avons pas besoin aujourd’hui de loi répressive supplémentaire. L’arsenal en la matière est déjà impressionnant. Il suffit d’augmenter les moyens destinés à la justice et à la politique pénitentiaire afin que les lois existantes puissent être appliquées. Il est vrai qu’après les 13 milliards d’euros de cadeaux fiscaux accordés pour l’essentiel aux plus riches, il est bien difficile de trouver les trois ou quatre milliards nécessaires pour améliorer le fonctionnement de la justice.

18 juillet 2007

Une seule communauté urbaine : la région !

Le débat autour du Grand Paris a été relancé par Nicolas Sarkozy lors de son discours de Roissy. Le Président de la République n’a pas fait dans le détail en exprimant son désaccord à propos de l’adoption du nouveau schéma directeur de la région Ile-de-France tant que la question de la communauté urbaine ne serait pas tranchée. Il se propose même de réunir un Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIADT) consacré à l’Ile-de-France. Cette démarche est pour le moins iconoclaste quand elle ne relève pas tout simplement de l’abus de pouvoir. Elle remet en cause vingt-cinq ans de décentralisation qui ont fait de la région un territoire qui s’administre lui-même par des représentants élus. A moins de changer la loi, le Président de la République ne peut pas faire dans ce domaine selon son bon plaisir. L’Etat ne peut rien imposer que l’Assemblée régionale n’a pas souhaité ou que les collectivités territoriales n’ont pas ensemble décidé. Mais Nicolas Sarkozy sait bien que les élus d’Ile-de-France sont loin d’avoir tous la même conception de l’aménagement du territoire. Entre ceux qui pensent qu’une communauté urbaine est absolument nécessaire et ceux qui la croient inutile, un débat complexe existe. Parmi les premiers, il faut mettre en évidence au moins deux groupes. Ce