Un rapport confidentiel, commandé à un cabinet d’audit par le ministre de l’Education nationale, pointe l’absentéisme des enseignants et les dysfonctionnements du « système » de remplacement dans le primaire. Les remplaçants seraient plus souvent absents que les enseignants titulaires. Quoi d’étonnant à cela quand on sait que ceux qui assurent les remplacements sont souvent des personnels fragiles, en difficulté, à qui on ne peut plus confier une classe à l’année. Cette situation s’explique en grande partie par l’absence de proposition de reconversion qui leur est faite. Déjà en souffrance, on leur impose une souffrance encore plus grande : ils auraient besoin de stabilité, d’accompagnement, on leur propose l’aventure et la solitude. Ce système, d’une grande perversion, révèle aussi l’absence totale de gestion humaine dans l’Education nationale. Nous avons d’ailleurs là une des rares professions qui ne dispose pas de médecine du travail. Un enseignant passe une visite médicale lors de son entrée dans le métier, puis il effectue sa carrière sans voir un médecin. N’est-il pas révélateur que les enseignants ne fassent pas partie des personnels prioritaires pour être vaccinés contre la grippe ? A croire que l’administration de l’Education nationale ignore qu’ils baignent à longueur d’année dans un véritable bouillon de culture ? Après tout, ne fait-on pas tout pour convaincre l’opinion publique que l’on n’a pas besoin d’enseignants pour faire cours, puisqu’à l’initiative du recteur de Créteil, Jean-Michel Blanquer, de simples étudiants ou personnes munies d’une licence peuvent très bien les remplacer ? Il est vrai que le vacataire coûte moins cher que le titulaire. Et tant pis, s’il ne possède aucune formation. La logique comptable conduit à la suppression massive de postes : plus de 50 000 depuis 2007. Une partie de ces postes supprimés est transformée en heures supplémentaires qui n’ouvrent pas de droits à la retraite, mais aujourd’hui les établissements implosent sous l’effet de ces suppressions : les effectifs grimpent - en lycée, les classes à moins de 35 élèves commencent à se faire rares - et il est de plus en plus impossible d’effectuer les remplacements faute d’enseignants disponibles. Peu importe : la doctrine du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite est respectée. Faudra-t-il supprimer les élèves ?
Les commentaires récents