De nombreux adultes, et pas des moindres, puisque le Président de la République a tenu à s’exprimer devant les élèves d’un collège parisien ce matin, ont essayé d’expliquer aux enfants la tuerie de Toulouse. Au-delà de la maladresse des mots, ce type d’initiative pose problème.
Pourquoi se croit-on obligé de faire subir aux enfants une épreuve supplémentaire : celle de nos propres peurs, voire de notre incompétence, en voulant les impliquer personnellement et de manière obligatoire ?
N’aurait-il pas été plus judicieux d’écouter ce que ces enfants dans chaque établissement scolaire avaient à nous dire à propos de cet événement ? Nous aurions été ainsi en situation de mieux répondre à leurs questions en prenant alors la distance nécessaire. Dédramatiser en faisant appel à la raison, n’est-ce pas mettre un peu de « Lumière » là où règne trop souvent la confusion ?
Beaucoup de ces jeunes ne demandaient pas à écouter des commentaires sur le caractère horrible des actes commis. Pis, quand ce ne fut pas de les obliger à entendre que les victimes auraient pu être chacun d’entre eux. Faut-il que la coupure générationnelle soit aussi prononcée avec les adultes pour penser qu’ils ne puissent pas mesurer la réalité dramatique de ces « exécutions » de Montauban et de Toulouse ?
Cette violence, qui leur est ainsi faite par de tels propos, ajoute à l’émotion et occulte toute compréhension. Nous sommes, avec ce type d’initiative, dans la négation même de la démarche éducative.
Cette dernière ne peut se résumer à cette complaisance pathologique qui existait déjà par la lecture obligatoire dans tous les lycées de la lettre de Guy Môquet ou par la volonté, heureusement vite avortée, de faire de chaque petit écolier le dépositaire de l’histoire d’un enfant juif victime de la Shoah.
L’imagerie d’Epinal a ses vertus, mais ce ne sont pas celles d’une compréhension complexe d’un événement. Et seule la complexité est porteuse de sens. Mais que pèse-t-elle face au caractère spectaculaire d’une minute de silence ponctuant deux ou trois propos forts… avant de passer à autre chose ?
Il est à craindre, en dépit du professionnalisme de très nombreux enseignants, que la « société du spectacle » l’ait aujourd’hui emporté dans nos établissements scolaires !
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