A la suite des attentats du 11 septembre 2001, les forces occidentales étaient intervenues en Afghanistan pour détruire les bases d’entraînement d’Al-Qaïda, s’emparer de Ben Laden et reconstruire un Etat démocratique. Une décennie plus tard, le bilan est plus que mitigé. Si de rudes coups ont été portés à l’organisation de Ben Laden, dont la mort de ce dernier n’est pas des moindres, la stabilité politique est loin d’être acquise. Le gouvernement d’Hamid Karzaï ne tient face aux talibans que grâce à la présence des forces militaires occidentales. La multiplication des attentats, des escarmouches et des enlèvements rappellent aux occidentaux que toute guerre fait des morts. Soixante-dix soldats français ont déjà payé de leur vie l’engagement occidental contre un terrorisme islamiste mondialisé. Ce dernier marque d’ailleurs beaucoup plus l’échec du projet politique islamiste que son succès. En revanche, le retrait des troupes de l’OTAN, qui s’engage par la remise de sept districts aux seules forces de sécurité afghanes, devrait ouvrir la voie du pouvoir aux talibans. L’ « afghanisation » du conflit sonne comme un aveu d’échec. Nous laissons un pays à feu et à sang et nous faisons une fois de plus la démonstration de notre incompréhension face à cet « Orient compliqué », pour reprendre l’expression du Général de Gaulle. On n’impose pas par les armes un modèle politique de gouvernement, à plus forte raison quand on ne prend pas en compte l’histoire, la culture et les traditions locales. Face à la détérioration inéluctable de la situation et aux objectifs qui n’ont pas été pour l’essentiel atteints, nous ne pouvons que déplorer l’inutilité de cette intervention militaire. Je sais que de beaux esprits à gauche nous expliquent qu’il y a eu une bonne intervention, celle décidée en 2001 par Jacques Chirac et Lionel Jospin, et une mauvaise, celle qui a vu à partir de 2008, Nicolas Sarkozy renforcer la présence française en Afghanistan. Cette analyse spécieuse me fait penser à celle qui avait cours à propos de la révolution russe d’octobre 1917 dans certains milieux communistes où on opposait, dans les années soixante-dix, le léninisme des origines, évidemment pur et bon, au stalinisme qui l’aurait corrompu et donné une des dictatures les plus sanguinaires de l’histoire. La vérité est moins tortueuse, à la fois pour la révolution bolchévique et pour l’intervention militaire en Afghanistan, l’une et l’autre furent, dès leur origine, des erreurs tragiques.
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