Nicolas Sarkozy a présenté hier sa réforme des collectivités territoriales. Elle tient en trois dispositifs principaux. Le premier est la création en 2014 d’un conseiller territorial qui siégera à la fois au conseil général et au conseil régional. Le deuxième est le renforcement du pouvoir des intercommunalités et des métropoles. Les villes de 450 000 habitants pourront être dotées à la fois des compétences des régions et des départements. Le troisième est un début de spécialisation des compétences des différentes collectivités territoriales. Seule la commune conserverait la clause de compétence générale.
Le Président de la République a plaidé avec le talent qu’on lui connaît pour sa réforme qui, selon lui, vise à conforter la décentralisation et les libertés locales, à faire émerger un pôle région-département, à reconnaître le fait métropolitain et dépasser ainsi le cadre rigide de notre organisation administrative, à simplifier le fameux millefeuille à la française par la spécialisation des compétences et la remise en cause des financements croisés. Il est même revenu sur la suppression de la taxe professionnelle pour annoncer une modernisation en profondeur de « la fiscalité locale, archaïque, injuste, inefficace et déresponsabilisante ».
« On se fout du monde » s’était écrié Alain Juppé. Le Président a pris hier les Français pour des imbéciles. La réforme des collectivités territoriales ne simplifiera rien, ne permettra pas de réduire substantiellement la dépense publique. Elle n’a qu’un but : redonner à l’UMP le contrôle des territoires.
En effet, le coût global de la fonction politique des pouvoirs locaux ne représente que 1,2% de leurs charges de fonctionnement, soit 28 millions d’euros pour une dépense publique locale de 220 milliards. De surcroît, nombre des 500 000 élus locaux ne sont pas rémunérés. En fait, l’augmentation des effectifs se situe du côté des fonctionnaires territoriaux au fur et à mesure du transfert des charges de l’Etat vers les collectivités locales. Aucun point de la réforme du Président de la République ne concerne cette évolution. Par exemple, la suppression des doublons administratifs ne figure pas dans le projet.
De la même manière, la simplification du millefeuille n’est qu’en trompe-l’œil puisque l’on ne supprime aucune strate administrative, mieux il en est ajouté une : les métropoles qui auront les pouvoirs des régions et des départements. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? A moins que cela soit pour mieux masquer le retour en force de la centralisation et la mise à bas de trente années de décentralisation ! Mais l’objectif réel est bien la mainmise de l’UMP sur les collectivités territoriales.
Environ 3200 conseillers territoriaux remplaceront donc les 6000 conseillers généraux et régionaux. Passons sur l’institutionnalisation du cumul des mandats, l’important est ailleurs. Sous couvert de simplifier les échelons, Sarkozy simplifie le mode de scrutin : les conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal à un tour, sauf 20% d’entre eux qui seront élu au scrutin de liste à la proportionnelle. Ainsi le candidat qui arrive en tête au premier tour sera-t-il élu. Cherchez l’astuce. Vous avez trouvé : il s’agira toujours ou presque d’un UMP puisqu’il suffira d’un petit 30% des suffrages exprimés pour l’emporter ! Demain, les collectivités territoriales seront donc dirigées par des élus minoritaires en voix. La crise de la représentation n’est pas prête de s’achever dans notre pays.
Après le bouclier fiscal, voici venu le temps du bouclier électoral. On nous expliquera probablement que nous sommes très sévères, que nous voyons le mal partout, mais après l’arnaque du découpage électoral pour la représentation nationale, voilà annoncé avec un aplomb digne des régimes autoritaires, la reconquête programmée des territoires par l’UMP. Il ne nous reste plus qu’à organiser la résistance !
Une belle arnaque cette réforme, mais à part les élus qui manifeste de l'intérêt pour elle ?
Rédigé par: Dom | 21 octobre 2009 à 23:06
excellent article, signalé sur Twitter
http://twitter.com/PsSaintGermain
Rédigé par: Nicolas | 26 octobre 2009 à 23:07
Il est d'autant plus urgent pour l'UMP de conserver le contrôle des collectivités locales, que le "risque" ( ou les chances selon le point de vue) que le Sénat soit majoritairement à gauche est de plus en plus grand, vu son mode électoral. D'où une double action :
1) étouffer financièrement les régions et département ( majoritairement tenus par la gauche) , afin que ces collectivités soient contraintes d'augmenter les impôts locaux et ainsi devenir impopulaires ( le gouvernement y veillera particulièrement)
2) changer le mode de scrutin : majoritaire à 1 tour ainsi quelqu'un ayant obtenu 30% ( ou moins) des voix sera élu. Or l' UMP gagnera souvent les 1ere tours ( du fait de la division de l'opposition) , mais n' a aucune réserve pour le 2nd.
3) Avec son offensive à l' extrême droite actuellement ( débat sur l' identité nationale...), l' UMP tente de se reconstituer une marge à l'extrême droite pour les 2nd tours.
En fait un élu souhaite être ... réélu, c'est son UNIQUE but, par tous les moyens légaux... voire limites. Faire ce qu'il y a de mieux pour les français , cela passe après... si ça compte un jour.
Rédigé par: www.facebook.com/profile.php?id=100000255716807 | 01 novembre 2009 à 14:48