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16 juillet 2006

Mitterrand et la réunification allemande

Tilo Schabert, Mitterrand et la réunification allemande. Une histoire secrète (1981-1995), Paris, Grasset, 2005.

Il est aujourd’hui de bon ton, jusque dans certains milieux universitaires, d’expliquer que François Mitterrand a tout fait pour reculer l’échéance de la réunification allemande. Son goût prononcé pour l’Histoire l’aurait enfermé dans une vision passéiste du monde. Sa réflexion, bornée par les accords de Yalta, lui aurait interdit toute vision prospective sur le destin allemand. Avec rigueur et précision, puisant aux meilleures sources, l’historien allemand Tilo Schabert balaie cette légende malveillante. Il démontre au contraire que loin de se contenter d’accompagner le cours de l’histoire, le Président français l’a anticipé, dirigé ou ralenti au fil des nécessités politiques et économiques.

Dès le début de son premier septennat, dans les entretiens qu’il a successivement avec les chanceliers allemands Schmidt et Kohl, il n’oubliait jamais d’évoquer l’éventualité d’une réunification allemande. Il poussait même ses partenaires allemands vers une politique par laquelle « l’Allemagne » pourrait se retrouver « libre et unie ». En fait l’Elysée s’était préparée à l’événement. Ce n’était donc pas la réunification en tant que telle qui pouvait inquiéter, mais plutôt son déroulement. Pour François Mitterrand, les conditions qui rendraient possible la réunification de l’Allemagne passaient par l’effondrement du bloc de l’Est et la poursuite de la construction européenne. En 1982, la question n’était plus pour lui de savoir si la réunification aurait lieu, mais seulement le temps que cela prendrait : « L’empire soviétique sera atteint de l’intérieur. Alors les pays dominés pourront retrouver la liberté et les Allemands, aujourd’hui aimantés par l’autre Allemagne, recouvrer toutes leurs chances. C’est l’affaire d’une vingtaine d’années, un problème de patience ». Il faut rappeler qu’à l’époque aucun observateur, même parmi les plus avertis, ne se serait risqué à pronostiquer une réunification de l’Allemagne à l’échelle d’une génération.

En dehors de rétablir une vérité, le grand apport du livre de Tilo Schabert est de montrer comment pour François Mitterrand, la question allemande est une question européenne. Il fallait offrir à l’Allemagne une perspective de grande puissance tout en refusant la reconstitution d’un pôle dominant au cœur de l’Europe. Cela ne pouvait s’effectuer que par l’harmonisation des deux rythmes : celui de l’unification allemande et celui de l’unification européenne. Arrimer solidement l’Allemagne unie à une Europe dont l’intégration aurait progressé, voilà le projet développé par François Mitterrand. Aussi, quand tombe le mur de Berlin en 1989, le Président français n’est-il pas pris au dépourvu. Au contraire, il sait clairement que la réunification est inéluctable dans les mois qui vont suivre, mais il ne souhaite pas qu’elle se fasse à n’importe quel prix. D’où son insistance auprès du Chancelier Kohl pour que ce dernier ne reporte pas la mise en œuvre des accords sur l’Europe afin d’avancer plus vite sur le chemin de la réunion des deux Allemagne. Cela a pu être interprété comme un refus de la réunification allemande de la part de Mitterrand, alors même qu’il fut le chef d’Etat en Europe le plus visionnaire dans ce domaine et le plus convaincu de sa nécessité.

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